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Romantisme & Symbolisme

« Qui dit romantisme dit art moderne, c'est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l'infini, exprimées par tous les moyens que contiennent les arts » [Charles Baudelaire]

motif demi-cercle

Louis-Fortune Meaulle ⋄ Quatre-vingt-treize - 1878.

Le romantisme est certainement le plus populaire des mouvements littéraires et, sans doute aussi, le moins facile à cerner dans les profondeurs. Omniprésent d'un bout à l'autre de l'Europe sans revêtir jamais les mêmes formes ni recouvrir les mêmes significations, réduit dans bien des cas à de simplistes manifestations d'un épanchement de sensibilité, il souffre de son prestige autant qu'il en bénéficie. (Larousse)

C'est au cœur même du siècle des Lumières que le Romantisme prends racine. Le récit idéalisé du phénomène prend pour origine le mouvement du Sturm und Drang (Tempête et Passion), nom tiré d'un drame de Friedrich Maximilian Klinger et incarnant, vers 1770, une réaction à l'aliénation desséchante de la raison abstraite, celui-ci se propageant ensuite à travers l’Europe.

 

Mais c'est également dans les courants sous-jacents de la pensée de l'époque qu'apparaissent les ferments du mouvement futur. Le XVIIIème siècle avait redécouvert le corps et mis en évidence son unité psycho-organique; les corps naturels étaient subdivisés en deux classes distinctes : corps vivants, et corps inanimés.

 

Le corps n'était donc pas proprement défini ainsi que la partie matérielle d'un être animé comme actuellement, mais en tant que substance doué d'une âme sensitive; c'est à dire que corps et âme semblaient fusionnés en une entité unique. La présence récurrente de ce noeud inextricable habite toutes les définitions des dictionnaires anciens. Réticent à conceptualiser la scission entre corps et esprit, le siècle des lumières est obsédé par l'âme... (Corps et subjectivité à l'époque des Lumières, Vincent Barras et Philip Rieder, 2005).

 

En matière d'architecture, les choses évolues également. Au XVIIIème siécle, la vie privée devient une catégorie fondamentale de l'existence. La fonction des pièces au sein des appartement se précise et le couloir central qui n'existait pas auparavant permet d'isoler celles-ci les unes de autres. Selon une même logique, le boudoir, en tant que lieu dévolu à l'intimité, apparait. Les jardins se tranforment, ils perdent la symétrie théorisée par Le Nôtre et se parent d'une nature qui se veut non domestiquée alliée à des fragments d'architecture fantaisistes.

 

On comprend mieux qu'il ne s'agit pas d'une rupture brutale mais d'une élaboration progressive préparant l'avénement de l'individualité en tant que valeur dominante. Peu à peu l’expression, jusque là bridée, de l’intériorité s’affirme comme une priorité essentielle. Une opération ainsi verbalisé par Novalis : « Le monde doit être romantisé. […] En conférant aux choses secrètes une haute signification, au quotidien un mystérieux prestige, au connu la dignité de l'inconnu, au fini l'apparence de l'infini, je les romantise. »

 

Un autre mouvement littéraire anticipe l'apparition du romantisme, il s'agit du roman gothique. Si celui-ci tend à disparaître vers 1820, il aura néanmoins une longue postérité. Charles Dickens ou Victor Hugo, parmi d'autres, y puiseront une partie de leur inspiration. De plus, l'engouement manifeste pour le passé historique favorise l'exploitation des décors populaires du théâtre élisabéthain tels que château hanté, crypte, cimetière, orages déchaînés, tempêtes en mer... Éléments que l'on retrouvera également dans la littérature romantique. En 1764, en Angleterre, Horace Walpole, pose les fondements du genre avec Le château d'Otrante.

 

La vision des Romantiques rompt avec la conception classique de la nature, source d'harmonie et de sérénité. Le monde sera désormais expressif et dramatique, bouleversé par les passions et l'irrationnel, frappant l'âme de stupeur et lui ouvrant les portes du sublime. En autorisant toute subjectivité, le Romantisme renverse l'idée du beau idéal et revendique le droit à l'imagination individuelle de s'exprimer selon son propre langage. Il s'agit ni plus ni moins de libérer la créativité artistique en brisant le carcan des codes et des conventions.

 

La vague Romantique prendra son essor quelques années plus tard en Allemagne avec Les Souffrances du jeune Werther de Goethe (1787), l'une des œuvres majeures du Sturm und Drang. Ce livre provoqua un phénomène que l'on qualifia par la suite de « fièvre werthérienne ». Parodié, imité et traduit dans de nombreuses langues, le succès de ce roman fut plus qu'un effet de mode. Goethe y conjugue les thèmes de l’amour et de la mort, et place au centre de son roman un personnage qui va totalement à l'encontre des règles et mœurs bourgeoises. Son suicide à la fin du récit, sujet tabou pour l’époque, provoqua son interdiction, en vain.

 

Les extensions du mouvement romantique prirent des orientations multiples et nuancées. Pour simplifier, on peut distinguer trois grandes tendances. L'une caractérisée par l'attrait du surnaturel, du mystère, et de l'inquiétante étrangeté initié en France par Théophile Gautier (Les Nouvelles fantastiques, 1838). S'y déploie également l'atmosphère gothique des romans d'Ann Radcliffe (Les Mystères d’Udolphe, 1798), le bizarre horrifique d'Achim Von Arnim (Contes bizarres, 1856), ou encore les fantaisies surnaturelles et grotesques de Ernst Theodor Hoffmann (Contes fantastiques, 1820).

 

D'autres part, un courant exaltant la liberté et les sentiments dans un contexte souvent dramatique dans la lignée du Werther de Goethe, comme la fameuse pièce de victor Hugo, Hernani (1830), Les hauts de Hurlevent (1847) d'Emily Brontë, ou encore le roman Césarine Dietrich (1870) de George Sand.

 

Pour les symbolistes enfin, il s'agira d'accéder à la réalité dissimulée (sens caché de l'univers) en usant des mots (symboles) afin de tisser des liens entre le monde visible et le monde invisible. On citera avant tout Stéphane Mallarmé (Poésies, 1899), même si sa recherche d'une expression tendue vers l'épure côtoie souvent un hermétisme sans concessions.

 

Il faut aussi compter Gérard de Nerval (Chimères, 1855) et Charles Baudelaire (Les fleurs du mal, 1857) qui en furent les précurseurs ; ce tout dernier est d'ailleurs à l'origine de la théorie des correspondances. D'après Beaudelaire, il existe une profonde unité cachée sous le chaos, unité que l'on peut mettre à jour via des correspondances verticales (entre monde matériel et monde idéal) ou horizontales (synesthésies).

 

J'ajouterai pour terminer Aloysius Bertrand, inventeur du poème en prose, révéré par Stéphane Mallarmé, modèle de Théodore de Banville, et poéte maudit. Gaspard de la nuit fut terminé dans le courant de 1828, mais l'auteur ne parvint jamais à le faire publier de son vivant. L'ouvrage donna enfin lieu à une édition posthume en 1842, incomplète et fautive, dont seulement 20 exemplaires furent écoulés. Ce n'est qu'en 1992, lorsque fut acquis par la Bibliothèque Nationale de France un manuscrit original de l’œuvre, qu'une édition conforme aux vœux du poète pu enfin être réalisée.

 

(25/12/2019; Frédéric Schäfer)

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